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💊 PharmacologieInterneMolecule

Acide valproïque (valproate de sodium)

7 minPar Emile

Fiche molécule acide valproïque : thymorégulateur antiépileptique à large spectre, tératogène majeur contre-indiqué chez la femme en âge de procréer, surveillance hépatique et hématologique.

Acide valproïque (valproate de sodium)

1. DCI / Nom commercial

  • DCI : Acide valproïque, valproate de sodium, valpromide
  • Noms commerciaux :
    • Dépakine (valproate de sodium) : sirop, solution buvable, comprimés gastro-résistants (200, 500 mg), comprimés LP (Chrono 500 mg), injectable IV
    • Dépakote (divalproex / association valproate de sodium + acide valproïque) : comprimés gastro-résistants 250, 500 mg — AMM spécifique trouble bipolaire
    • Dépamide (valpromide) : comprimé 300 mg — prodrogue de l'acide valproïque
    • Génériques multiples

2. Classe thérapeutique

Antiépileptique à large spectre et thymorégulateur. Classe ATC : N03AG01.

3. Mécanisme d'action

Mécanisme multifactoriel :

  • Potentialisation GABAergique : inhibition de la GABA-transaminase et de la succinyl semi-aldéhyde déshydrogénase → augmentation des concentrations cérébrales de GABA
  • Blocage des canaux sodiques voltage-dépendants (à doses élevées)
  • Modulation des canaux calciques de type T (thalamus, effet anti-absence)
  • Inhibition des histones désacétylases (HDAC) : effets épigénétiques, neuroprotection — mais aussi responsable en partie de la tératogénicité
  • Modulation de la voie ERK/MAPK et de la signalisation intracellulaire

L'efficacité antimaniaque est principalement attribuée à la potentialisation GABAergique et au blocage sodique.

4. Indications AMM

Épilepsie (Dépakine)

  • Épilepsies généralisées : absences, myoclonies, tonico-cloniques généralisées
  • Épilepsies partielles (focales) en monothérapie ou association
  • Spectre le plus large parmi les antiépileptiques

Trouble bipolaire (Dépakote)

  • Traitement des épisodes maniaques en cas de contre-indication ou d'intolérance au lithium
  • Prévention des rechutes des épisodes maniaques (AMM Dépakote)
  • Moins de preuves que le lithium pour la prévention des épisodes dépressifs

Migraine (hors AMM en France pour cette indication en psychiatrie)

5. Posologie

Trouble bipolaire (Dépakote)

  • Dose initiale : 500-750 mg/jour en 2 prises
  • Augmentation : par paliers de 250-500 mg tous les 2-3 jours
  • Dose cible : 1000-2000 mg/jour
  • Dose maximale : 2500 mg/jour

Valproatémie thérapeutique

SituationValproatémie cible (mg/L)
Phase aiguë maniaque80 – 120
Phase d'entretien50 – 100
  • Prélèvement à la vallée (avant la prise du matin)
  • Relation concentration-effet moins stricte que pour le lithium, mais utile pour vérifier l'observance et éviter la toxicité

Épilepsie (Dépakine)

  • 20-30 mg/kg/jour en 2-3 prises, ajustement selon la réponse clinique et la tolérance

6. Effets indésirables

Fréquents

  • Digestifs : nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées (améliorés par la forme gastro-résistante)
  • Prise de poids : fréquente et significative (jusqu'à +10 kg), liée à l'augmentation de l'appétit et à la résistance à l'insuline
  • Tremblements : dose-dépendants
  • Alopécie : souvent transitoire, repousse avec cheveux parfois modifiés (frisés)
  • Somnolence, sédation
  • Thrombopénie : dose-dépendante, fréquente à fortes doses

Graves

  • Hépatotoxicité : hépatite fulminante (très rare chez l'adulte en monothérapie, risque maximal chez l'enfant < 2 ans en polythérapie). Risque dans les 6 premiers mois
  • Pancréatite aiguë : rare mais grave, peut survenir à tout moment du traitement
  • Hyperammoniémie : fréquente (asymptomatique) ; si symptomatique (confusion, vomissements) → encéphalopathie hyperammoniémique
  • Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : hyperandrogénie, troubles du cycle — facteur supplémentaire contre l'utilisation chez la femme jeune
  • Syndrome parkinsonien : rare, réversible à l'arrêt
  • Encéphalopathie : en cas de surdosage ou d'hyperammoniémie

7. Surveillance biologique

Bilan pré-thérapeutique

  • NFS avec plaquettes
  • Bilan hépatique : ASAT, ALAT, GGT, PAL, bilirubine
  • TP / TCA (coagulation)
  • Ammoniémie (optionnel, utile comme référence)
  • Bêta-hCG : obligatoire chez toute femme en âge de procréer
  • Glycémie à jeun, bilan lipidique
  • Poids, tour de taille

Surveillance en cours de traitement

ParamètreFréquence
NFS, plaquettesMensuelle les 6 premiers mois → trimestrielle
Bilan hépatiqueMensuel les 6 premiers mois → trimestriel
ValproatémieJ5-J7 après instauration/modification → trimestrielle à semestrielle
AmmoniémieSi signes d'appel (confusion, nausées)
PoidsÀ chaque consultation

Signes d'alerte d'hépatotoxicité (arrêt immédiat)

  • Asthénie inexpliquée, anorexie, nausées persistantes
  • Ictère, douleurs abdominales
  • Réapparition de crises épileptiques
  • Transaminases > 3N

8. Interactions médicamenteuses

Interaction MAJEURE : Lamotrigine

Le valproate inhibe la glucuronoconjugaison de la lamotrigine (UGT1A4) :

  • Demi-vie de la lamotrigine doublée (25h → 70h)
  • Diviser la dose de lamotrigine par 2 et titration plus lente
  • Risque accru de SJS si non ajusté
  • Réciproquement : la lamotrigine réduit les taux de valproate d'environ 25%

Autres interactions

MédicamentEffet
CarbamazépineInduction du métabolisme du valproate → baisse des taux. Le valproate inhibe l'époxyde hydrolase → accumulation du métabolite toxique de la CBZ
Phénobarbital, phénytoïneInducteurs → baisse de la valproatémie
Méropénème, carbapénèmesChute brutale de la valproatémie (jusqu'à -80%) — association contre-indiquée
AspirineDéplacement de la liaison protéique → augmentation de la fraction libre
AnticoagulantsPotentialisation de l'effet anticoagulant (inhibition plaquettaire + compétition protéique)
TopiramateRisque accru d'hyperammoniémie / encéphalopathie

Pas d'interaction significative avec : ISRS, IRSN, lithium, antipsychotiques atypiques (mais additivité des effets métaboliques)

9. Contre-indications

Absolues

  • Femme en âge de procréer sans contraception efficace et sans formulaire annuel d'accord de soins signé (réglementation ANSM 2018, renforcée)
  • Grossesse : contre-indication absolue dans le trouble bipolaire (tératogène majeur)
  • Hépatite aiguë ou chronique active
  • Hépatite sévère personnelle ou familiale (notamment médicamenteuse)
  • Porphyrie hépatique
  • Association aux carbapénèmes

Relatives

  • Déficit en enzymes du cycle de l'urée (risque d'hyperammoniémie sévère)
  • Thrombopénie sévère préexistante
  • Pancréatite dans les antécédents

10. Grossesse / Allaitement

Grossesse — TÉRATOGÈNE MAJEUR

Le valproate est le psychotrope le plus tératogène utilisé en psychiatrie.

  • Malformations majeures : 10-11% des expositions au 1er trimestre (vs 2-3% population générale)
    • Spina bifida (1-2%), cardiopathies, fentes labio-palatines, hypospadias, malformations des membres
  • Troubles neurodéveloppementaux : 30-40% des enfants exposés in utero
    • Baisse du QI moyen de 7-10 points
    • Risque de TSA multiplié par 3-5
    • TDAH, troubles du langage, retard psychomoteur
  • Effets dose-dépendants mais présents même à faibles doses

Réglementation ANSM (depuis 2018) :

  • Contre-indiqué dans le trouble bipolaire chez la femme en âge de procréer
  • En épilepsie : prescription possible uniquement si aucune alternative, avec formulaire annuel d'accord de soins co-signé (patiente + prescripteur + pharmacien)
  • Pictogramme sur la boîte, carnet-patiente obligatoire
  • Test de grossesse négatif avant chaque renouvellement

Allaitement

  • Passage faible dans le lait maternel (taux nourrisson : 1-10% des taux maternels)
  • CRAT : allaitement possible si monothérapie et surveillance clinique du nourrisson
  • Surveiller : sédation, hypotonie, mauvaise prise pondérale, hématomes
  • NFS du nourrisson si signes d'appel

11. Sujet âgé

  • Clairance hépatique diminuée : réduction posologique nécessaire (50-75% de la dose adulte)
  • Risque accru de thrombopénie, tremblements, encéphalopathie hyperammoniémique
  • Hypoalbuminémie fréquente : augmentation de la fraction libre → toxicité à concentrations totales apparemment normales → doser la fraction libre si doute
  • Interactions fréquentes avec les anticoagulants et antiagrégants
  • Surveillance hépatique et hématologique renforcée
  • Risque de syndrome parkinsonien iatrogène plus élevé

12. Sources

  1. StatPearls — Valproic Acid. NCBI Bookshelf. Lien
  2. ANSM — Valproate et dérivés : renforcement des conditions de prescription. Lien
  3. HAS — ALD n°23 : Troubles bipolaires. Lien
  4. CRAT — Acide valproïque et grossesse. Lien
  5. CRAT — Acide valproïque et allaitement. Lien
  6. Valproate in bipolar disorder: a systematic review. PMC. Lien
  7. Vidal — Dépakote. Lien
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