← Fiches
💊 PharmacologieInterneMolecule

Cyamémazine

5 minPar Emile

Fiche molécule cyamémazine : neuroleptique sédatif de la famille des phénothiazines, largement prescrit en France pour l'anxiété et l'agitation en psychiatrie, profil sédatif et anticholinergique.

Cyamémazine

1. DCI / Nom commercial

  • DCI : Cyamémazine (tartrate de cyamémazine)
  • Noms commerciaux :
    • Tercian : comprimés sécables (25, 100 mg), solution buvable (40 mg/mL, 1 goutte = 1 mg), solution injectable IM (50 mg/5 mL)
    • Pas de génériques
  • Spécificité française : molécule quasi-exclusivement utilisée en France (non commercialisée dans la plupart des autres pays)

2. Classe thérapeutique

Antipsychotique typique (neuroleptique) de la famille des phénothiazines (noyau phénothiazine à chaîne latérale pipéridinée). Classe ATC : N05AA06. Classé « neuroleptique sédatif » (par opposition aux neuroleptiques « incisifs » comme l'halopéridol).

3. Mécanisme d'action

  • Antagonisme D2 et D3 : modéré (puissance antipsychotique moindre que l'halopéridol)
  • Antagonisme 5-HT2A et 5-HT2C : contribue à l'effet anxiolytique et à un profil « atypique-like » à faibles doses
  • Antagonisme H1 puissant : sédation et effet hypnotique
  • Antagonisme α1-adrénergique : hypotension orthostatique
  • Antagonisme muscarinique : effets anticholinergiques (sécheresse buccale, constipation, rétention urinaire)

À faibles doses (25-75 mg/jour), la cyamémazine agit principalement comme anxiolytique et sédatif via l'antagonisme 5-HT2C, H1 et α1, avec peu d'effet antipsychotique. L'effet antipsychotique apparaît à doses plus élevées (200-600 mg/jour).

4. Indications AMM

Psychiatrie

  • États psychotiques aigus et chroniques : schizophrénie, bouffées délirantes
  • Anxiété (quand les autres traitements sont insuffisants) — utilisation la plus fréquente en pratique
  • Agitation psychomotrice

Usage le plus courant (hors AMM stricte)

  • Anxiolytique d'appoint en psychiatrie (alternative aux benzodiazépines)
  • Insomnie résistante en contexte psychiatrique
  • Adjuvant anxiolytique/sédatif dans les pathologies psychiatriques chroniques
  • Traitement de l'agitation dans les services d'urgence et d'hospitalisation

5. Posologie

Anxiété / Sédation (usage anxiolytique)

  • 25-100 mg/jour en 1-3 prises (dose principale le soir)
  • Forme gouttes : titration fine possible (1 goutte = 1 mg)
  • Dose usuelle : 50-75 mg/jour

Antipsychotique

  • 200-600 mg/jour en 2-3 prises
  • Dose maximale : 600 mg/jour

Agitation aiguë (IM)

  • 25-50 mg IM, renouvelable après 1h
  • Relais oral dès que possible

Sujet âgé

  • 12,5-50 mg/jour (forme gouttes pour ajustement fin)

6. Effets indésirables

Fréquents

  • Sédation/somnolence : effet principal et recherché, dose-dépendant
  • Hypotension orthostatique : fréquente, surtout à l'initiation
  • Effets anticholinergiques : sécheresse buccale, constipation, vision floue, rétention urinaire
  • Prise de poids : modérée
  • Photosensibilisation (effet de classe des phénothiazines)

À doses antipsychotiques

  • Effets extrapyramidaux : possibles mais moins fréquents qu'avec l'halopéridol à doses équivalentes (profil 5-HT2A)
  • Hyperprolactinémie : présente, dose-dépendante
  • Allongement du QTc : dose-dépendant

Graves

  • Syndrome malin des neuroleptiques : rare mais possible
  • Torsades de pointes : risque dose-dépendant (surtout > 200 mg/jour)
  • Leucopénie, agranulocytose (exceptionnelle)
  • Ictère cholestatique (phénothiazines)
  • Dyskinésies tardives (traitement prolongé à doses antipsychotiques)

7. Surveillance biologique

Bilan initial

  • ECG (QTc) : recommandé si doses > 100 mg/jour ou facteurs de risque
  • Ionogramme (K+) si facteurs de risque QTc
  • NFS, bilan hépatique
  • TA, poids

Suivi

  • ECG si augmentation de dose ou association à risque
  • TA régulière (hypotension)
  • Transit (anticholinergiques → constipation)
  • Poids, bilan métabolique annuel si traitement prolongé
  • Pas de dosage plasmatique en routine

8. Interactions médicamenteuses

Allongement du QTc

  • Prudence avec les autres allongateurs du QT (méthadone, halopéridol, escitalopram, macrolides, antipaludéens)
  • Corriger toute hypokaliémie avant traitement

Potentialisation des dépresseurs du SNC

  • Alcool : potentialisation majeure de la sédation — à proscrire
  • Benzodiazépines, opioïdes : addition des effets sédatifs et dépresseurs respiratoires
  • Antihistaminiques H1 sédatifs : addition de la sédation

Autres

  • Lévodopa : antagonisme — éviter chez le patient parkinsonien
  • Potentialisation des effets anticholinergiques si associations (antidépresseurs tricycliques, antiparkinsoniens)
  • Métabolisme hépatique (CYP non principal), peu d'interactions pharmacocinétiques majeures

9. Contre-indications

  • Hypersensibilité aux phénothiazines
  • Risque de glaucome à angle fermé
  • Risque de rétention urinaire (obstacle urétro-prostatique)
  • Antécédent d'agranulocytose sous phénothiazines
  • Association avec les agonistes dopaminergiques (sauf lévodopa dans le Parkinson)
  • QTc allongé (si doses antipsychotiques envisagées)
  • Porphyrie

10. Grossesse / Allaitement

Grossesse

  • Données limitées mais globalement rassurantes (phénothiazines utilisées depuis les années 1950)
  • Risques au 3e trimestre : sédation néonatale, syndrome extrapyramidal, syndrome de sevrage
  • CRAT : utilisation possible si nécessaire, mais préférer un AP mieux documenté (quétiapine, halopéridol, rispéridone)

Allaitement

  • Données insuffisantes
  • CRAT : allaitement déconseillé par manque de données — préférer un AP mieux étudié
  • Si maintenu : surveillance clinique du nourrisson (sédation)

11. Sujet âgé

  • Sensibilité accrue aux effets anticholinergiques (confusion, rétention urinaire, constipation sévère, glaucome)
  • Risque d'hypotension orthostatique et de chutes
  • Sédation excessive
  • Doses réduites : 12,5-50 mg/jour maximum en pratique
  • Forme gouttes : facilite le dosage fin
  • Avertissement démence : mortalité augmentée chez les patients déments sous neuroleptiques
  • Éviter en cas de démence à corps de Lewy

12. Sources

  1. Vidal — Tercian. Lien
  2. Cyamemazine: an atypical neuroleptic. PMC. Lien
  3. CRAT — Cyamémazine et grossesse. Lien
  4. CRAT — Cyamémazine et allaitement. Lien
  5. ANSM — Cyamémazine : suivi des risques. Lien
cyamémazineTercianneuroleptiquephénothiazineanxiétéagitationsédationinsomnie