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💊 PharmacologieInterneMolecule

Rispéridone

5 minPar Emile

Fiche molécule rispéridone : antipsychotique atypique antagoniste 5-HT2A/D2, large spectre d'indications, hyperprolactinémie dose-dépendante, disponible en forme retard bimensuelle.

Rispéridone

1. DCI / Nom commercial

  • DCI : Rispéridone
  • Noms commerciaux :
    • Risperdal : comprimés (0,5 ; 1 ; 2 ; 3 ; 4 mg), solution buvable (1 mg/mL)
    • Risperdal Consta : forme retard injectable IM toutes les 2 semaines (25, 37,5, 50 mg)
    • Génériques disponibles (formes orales)
  • Métabolite actif : palipéridone (9-hydroxy-rispéridone), commercialisée séparément (Xeplion, Trevicta)

2. Classe thérapeutique

Antipsychotique atypique (benzisoxazole). Classe ATC : N05AX08.

3. Mécanisme d'action

  • Antagonisme 5-HT2A/D2 : ratio 5-HT2A/D2 élevé → profil atypique
  • Antagonisme D2 : affinité élevée, dose-dépendant — profil « atypique » à faibles doses, se rapproche d'un AP classique à fortes doses (> 6 mg/jour)
  • Antagonisme α1-adrénergique : hypotension orthostatique
  • Antagonisme α2-adrénergique : modéré
  • Antagonisme H1 : modéré (moins sédatif que l'olanzapine)
  • Faible affinité muscarinique : peu d'effets anticholinergiques
  • Hyperprolactinémie marquée (plus que tous les autres AP atypiques) liée à la forte affinité D2 hypophysaire

4. Indications AMM

Schizophrénie

  • Adulte et adolescent ≥ 13 ans

Trouble bipolaire

  • Épisodes maniaques modérés à sévères

Indications spécifiques pédiatriques

  • Troubles du comportement dans l'autisme (irritabilité, agressivité, automutilation) chez l'enfant ≥ 5 ans — l'un des rares AP avec AMM pédiatrique
  • Troubles sévères du comportement avec déficience intellectuelle (enfant ≥ 5 ans)

Agressivité persistante

  • Démence d'Alzheimer (traitement court, en dernier recours) — AMM limitée

5. Posologie

Schizophrénie (adulte)

  • Dose initiale : 2 mg/jour (J1), en 1-2 prises
  • J2 : 4 mg/jour
  • Dose cible : 4-6 mg/jour
  • Dose maximale : 16 mg/jour (rarement > 8 mg en pratique)
  • Au-delà de 6 mg/jour : profil d'EI se rapprochant d'un AP classique (EPS, hyperprolactinémie ++)

Épisode maniaque

  • 2 mg/jour, augmentation à 2-6 mg/jour

Autisme / Troubles du comportement (enfant)

  • 0,25-0,5 mg/jour initialement, ajustement progressif
  • Dose cible : 0,5-1,5 mg/jour (< 50 kg) ; 1-2,5 mg/jour (> 50 kg)

Forme retard (Risperdal Consta)

  • 25 mg IM toutes les 2 semaines (initiation)
  • Chevauchement oral 3 semaines obligatoire
  • Augmentation à 37,5-50 mg si nécessaire

6. Effets indésirables

Fréquents

  • Hyperprolactinémie : effet le plus caractéristique et le plus problématique
    • Galactorrhée, gynécomastie
    • Aménorrhée, troubles de la libido, dysfonction sexuelle
    • À long terme : ostéoporose (risque sous-estimé)
  • Effets extrapyramidaux : dose-dépendants, significatifs > 6 mg/jour (akathisie, dystonie, parkinsonisme)
  • Prise de poids : modérée (+2-3 kg en moyenne, intermédiaire entre aripiprazole et olanzapine)
  • Insomnie, anxiété, céphalées
  • Hypotension orthostatique (surtout à l'initiation)
  • Sédation (modérée)

Graves

  • Dyskinésies tardives : risque présent, surtout au long cours et à fortes doses
  • Syndrome malin des neuroleptiques (rare)
  • Allongement du QTc (dose-dépendant)
  • AVC chez les patients déments (avertissement boîte noire)
  • Priapisme (rare)

7. Surveillance biologique

Bilan initial

  • Poids, tour de taille, IMC, TA
  • Glycémie à jeun, bilan lipidique
  • NFS, bilan hépatique
  • Prolactinémie (recommandée avant et pendant le traitement)
  • ECG (si facteurs de risque)

Suivi

ParamètreFréquence
PoidsM1, M3 puis trimestriel
Glycémie, bilan lipidiqueM3, puis annuel
ProlactinémieM3, puis annuelle (ou si symptômes)
DMOÀ envisager si hyperprolactinémie prolongée et aménorrhée

8. Interactions médicamenteuses

Métabolisme : CYP2D6 (principal) et CYP3A4 (accessoire)

InteractionEffetConduite à tenir
Inhibiteurs CYP2D6 (paroxétine, fluoxétine)Augmentation des taux de rispéridoneRéduire la dose, surveillance
Inducteurs CYP3A4 (carbamazépine, phénytoïne)Diminution des tauxAugmenter la dose
Inhibiteurs CYP3A4 (kétoconazole)Augmentation modéréeSurveillance

Autres

  • Potentialisation de l'effet hypotenseur des antihypertenseurs
  • Association avec le lithium, le valproate : pas d'interaction pharmacocinétique majeure
  • Lévodopa, agonistes dopaminergiques : antagonisme mutuel (éviter si possible)

9. Contre-indications

  • Hypersensibilité à la rispéridone ou à la palipéridone
  • Prudence : prolactinome, antécédent de cancer du sein hormono-dépendant (hyperprolactinémie)
  • Prudence : QT long, hypokaliémie

10. Grossesse / Allaitement

Grossesse

  • AP le mieux documenté en grossesse avec la quétiapine et l'halopéridol
  • Pas de signal tératogène majeur dans les registres
  • Risques néonataux au 3e trimestre : symptômes extrapyramidaux, agitation, sédation
  • CRAT : utilisation possible pendant la grossesse

Allaitement

  • Passage dans le lait maternel (rispéridone + palipéridone : taux nourrisson estimé 2-5%)
  • CRAT : allaitement possible sous rispéridone
  • Surveiller : sédation, tonus, prise de poids

11. Sujet âgé

  • Avertissement AVC : risque multiplié par 3 chez les patients déments — AMM très restrictive dans cette indication
  • Doses réduites : 0,25-2 mg/jour
  • Titration lente
  • Risque d'hypotension orthostatique et de chutes
  • Hyperprolactinémie : risque d'ostéoporose accru dans une population déjà à risque
  • Effets extrapyramidaux plus fréquents

12. Sources

  1. StatPearls — Risperidone. NCBI Bookshelf. Lien
  2. Vidal — Risperdal. Lien
  3. HAS — ALD n°23 : Schizophrénies. Lien
  4. CRAT — Rispéridone et grossesse. Lien
  5. CRAT — Rispéridone et allaitement. Lien
  6. Long-acting injectable risperidone: a review. PMC. Lien
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